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Théorie de la monnaie énergétique


Manifeste pour une autorégulation durable de la consommation d'énergie grâce à la création d’une monnaie énergétique (version résumée)


Paradoxalement, le contexte actuel a réuni les conditions suffisantes pour une évolution économique. Penser autrement est devenu possible. Les individus sont prêts à considérer des alternatives de long terme. Les pouvoirs publics interviennent massivement dans l’économie rendant possible une modification de la demande des consommateurs. Cependant, le recours à la législation et à l’impôt nous paraît trop rigide pour permettre à l’économie et à la société de trouver sa propre voie vers la sobriété énergétique.


Comment engager une transition vers une économie durable, tout en continuant à créer et partager des richesses de manière socialement acceptable ? Ce papier est la version résumée de notre réponse à cette question pressante. Si vous souhaitez approfondir certains concepts, nous vous engageons à parcourir la version complète de notre proposition. N’hésitez pas nous faire part de vos commentaires ou rejoindre le débat.


Problème(s)


Aujourd’hui critiquées, les économies libérales ont permis à de nombreuses populations de sortir de la misère extrême. D’un point de vue de l’impact environnemental, elles présentent cependant des limites intrinsèques potentiellement fatales :

  • Un couplage fort entre la production de valeur, représentée par le PIB, et la consommation énergétique.

  • Une nécessité de croissance permanente matérialisée par l’endettement privé (ménages et entreprises non financières) en hausse constante.

  • Un marché organisé par les banques qui sont majoritairement sous-capitalisées (niveaux des capitaux propres très faibles dans les bilans) entretenant un risque de crise financière majeure.

  • L’inégalitarisme par construction qui tend inexorablement à la concentration des richesses, et donc l’instabilité sociale.

  • Des mécanismes de fixation des prix efficaces, mais ne tenant pas compte de la finitude des stocks naturels ou encore de l’impact environnemental d’un bien ou d’une activité.

Mélangez le tout et constatez un sérieux problème : la fuite en avant exponentielle de notre consommation énergétique, sur fond de fragilité sociale, financière et sanitaire, rendant un effondrement général du système probable. Le déclenchement d’un tel effondrement pourrait venir par l’arrivée en masse de réfugiés climatiques, de luttes meurtrières pour l’accès aux ressources, d’autres pandémies, etc. Ces évènements ne seront que les révélateurs d’une instabilité globale du système économique, qui nous semble être LE problème à résoudre pour l’avènement d’une économie durable.


Devant un tel schéma, deux possibilités s’offrent à nous : soit inventer la seconde partie de l’Histoire, soit adhérer aux thèses de la collapsologie. Autrement dit, c’est l’utopie ou la mort .


La monnaie énergétique


Principe


L’objectif de base de la monnaie énergétique est triple :

  • Du côté de l’offre : découpler la création de valeur de la consommation énergétique.

  • Du côté de la demande : découpler les désirs de vies de la consommation énergétique.

  • Dans l’ensemble : limiter la consommation énergétique globale à un niveau soutenable.

Pour ce faire, notre proposition est d’adosser à chaque prix une seconde valeur : le coût en monnaie énergétique.


Il existe une limite de consommation énergétique globale acceptable, dérivée des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effets de serre. Si on répercute cette limite dans un pays comme la France, par exemple, nous donnons alors aux consommateurs une dotation énergétique équitable [VS1] représentant une fraction de ce stock fini. Chaque bien est acheté en monnaie classique, mais également en monnaie énergétique (M.E), pas seulement une étiquette comme le propose la convention sur le climat, mais un prix réel. Ce faisant, la quantité globale d’énergie consommée est bien limitée et le consommateur final est en position d’arbitrer ses choix de dépense énergétique connaissant son impact (i.e. prix en M.E.). Le consommateur final se doit de gérer sa M.E, car son budget est limité. Un produit fabriqué loin, peu onéreux en monnaie classique sera plus coûteux en monnaie énergétique qu’une fabrication locale, avec moins de transport. Une incitation à l’efficacité énergétique se met donc en place : la réparation devient rentable, les circuits logistiques sont modifiés, les activités nécessitant du travail, mais peu de machines sont de nouveaux attractifs.


Faisabilité


Notre proposition pour la monnaie énergétique est de s’inspirer du système bancaire existant, car celui a démontré son efficacité en ce qui concerne la création de richesse, ce pour quoi il a été conçu. La monnaie énergétique s’appuierait donc sur une mécanique bien huilée, ne soulevant pas de question pratique particulière.


Il nous semble que la faisabilité sociale (ou acceptation) est le défi plus important. Celle-ci repose sur trois piliers :

  • C’est le consommateur final qui dispose et dépense cette monnaie : il est maître de ses propres choix.

  • Chaque consommateur dispose d’une part égale d’un stock fini de monnaie : le système est conçu de manière équitable.

  • La monnaie est échangeable contre de la monnaie classique : le système permet des désirs de vie différents via des mécanismes de marché.

Ainsi, la sobriété énergétique contrainte d’un étudiant, d’un retraité ou la sobriété volontaire de toutes personnes, peut se transformer en salaire énergétique. Ils auront la possibilité de revendre leur ¨épargne énergétique¨ à une personne désireuse d’assouvir une aspiration personnelle plus énergivore.


Exemple : deux agents économiques, salaires en € et dotation de 200 unités de M.E


Mécanique comptable


Pour les entreprises, cette monnaie est gérée comme une devise avec la particularité qu’elles ne peuvent pas stocker cette monnaie sans bien physique. Cela, pour éviter la spéculation. En résumé, l’entreprise, en produisant, crée une dette énergétique [VS2] dont elle s’acquitte en vendant le bien. Si elle le détruit, elle doit acquérir de la M.E sur le marché de gré à gré, compensant ainsi l’impact environnemental des invendus.



Éléments clés de la solution:

  • Créons une monnaie énergétique de stock fini (pas de planche à billets)

  • Cette dotation est détenue de manière équitable seulement par les personnes physiques

  • La dotation est réinitialisée chaque mois

  • On ne peut épargner que sa propre sous-consommation énergétique

  • Cette épargne est échangeable, l’acheteur devant l’utiliser pour un achat à terme connu (pas de spéculation)

  • Les entreprises ne peuvent pas spéculer sur cette monnaie

  • Chaque produit à un prix énergétique, connu et transparent

  • Puisque chaque individu à une dotation personnelle, le travail humain ne génère pas de coût énergétique.

  • Pas de coûts pour un salarié, donc l’entreprise ne paye pas en salaire énergétique

  • Le système est opéré et financé par le secteur bancaire


Avantages:

  • Arbitrage continu des individus dans un monde énergétiquement neutre

  • Réduction des inégalités

  • Nouveaux objectifs de vie

  • Pas de légifération massive

  • Promotion de la décentralisation et de l’auto-organisation

  • Nouveaux débouchés économiques - Système viable sur le long terme


Difficultés majeures :


Le prix énergétique :


Établir un prix fiable et équitable entre les biens. Beaucoup d’activités sont encours pour constituer des bases de données d’impacts environnementaux. Nous pensons donc démarrer par la BOM (Bill of Material) des produits, puis les circuits logistiques, et enfin les mix énergétiques des pays dans lesquels ils sont produits. L’intelligence collective sera utilisée au travers de hackathon. La méthode sera transparente et des systèmes de recours possible. Le but n’est pas d’être exact, mais être capable de hiérarchiser. Néanmoins nous utiliserons une valeur numérique pour avoir une unité de compte nécessaire à toute monnaie.


Dotation initiale :


Une fois le prix établi sur un panel de bien représentatif, nous simulerons l’impact de la M.E sur des catégories d’individu représentatives. Les mécanismes de gamification pourraient être utilisés afin de réaliser ces simulations.


Test et déploiement :


Il faut tester et adapter en boucles courtes sur un territoire restreint. Nous pensons que Toulouse et l’Occitanie sont intéressantes. Néanmoins, nous cherchons une terre d’accueil avec une volonté politique de changement.


Conclusion


Nous croyons que le recours à l’impôt accroitrait la pression sur les entreprises, les incitant à un arbitrage défavorable du facteur humain pour baisser les coûts de production. Nous croyons que le recours aux contraintes législatives amènerait une complexité incompatible avec le fonctionnement des démocraties. Un tel monde est-il envisageable de manière durable ? La clé de la monnaie énergétique est l’individu privé qui, par son pouvoir de décision retrouvé, modifiera son comportement d'achat et de vie, et donc influencera l’offre des entreprises. La main d’œuvre seule ne génère pas de coûts énergétiques, c’est uniquement l’emploi d’énergie ou de matière. Cela favorise grandement la réindustrialisation, le développement de travail humain et la réduction des inégalités. Pour sa mise en œuvre, nous constatons que la logique de marché est de loin la plus robuste et la plus flexible. En l’utilisant ses mécanismes éprouvés, nous pouvons envisager une transition industrielle non pas comme une Utopie, mais comme un projet bien concret. Les individus s’y organiseraient autour d’un marché libre qui permettrait les ajustements multiples nécessaires à cette transition d’ampleur. Les jugements de valeur sur les différentes aspirations/modes de vie étant un frein au changement, notre proposition se veut hors de toute morale. Il s’agit simplement d’un mécanisme d’arbitrage transparent permettant aux agents économiques de faire leurs choix pour trouver un nouvel équilibre. Nous pensons qu’il est possible de tester la monnaie énergétique à une échelle locale. Tout comme pour l’étiquette énergétique, notre initiative pourrait être lancée, en France ou en région, sans besoin d’accords internationaux et inspirer ainsi le reste de l’Europe et pourquoi pas le monde. Pour rester bref nous n’avons pas abordé la place de l’État, l’aménagement du territoire, la décentralisation, la démographie, l’investissement, les impacts sur les industries carbonées ou encore les possibles effets rebonds d’un tel changement. Si cette version résumée vous pose des questions, nous vous invitons à lire la version complète puis nous contacter pour en débattre et éprouver cette proposition.



IndusTransition_beta.v1.1.2
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À propos des rédacteurs:


Nous sommes une communauté pluridisciplinaire avec la volonté de non seulement, promouvoir cette idée, mais également de l’implémenter. Localisé en Occitanie, et travaillant pour des groupes industriels ou des sociétés de services, nous apportons des compétences économiques, financières, stratégiques, business development, plateformes digitales et IT. Notre expérience a été forgé sur des projets d’envergures nécessitant de hauts degrés d’intégration. Cette idée est non figée et nécessitera de nombreuses adaptations. Nous recherchons particulièrement des personnes: douées pour l’écriture dans un sens pédagogique, ayant de l’expérience dans la fabrication et la logistique pour supporter la méthode de calcul du prix énergétique. Néanmoins, nous accueillons toutes contributions venant de personnes ayant la volonté de changer notre trajectoire actuelle.


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